top of page
  • Facebook
  • Instagram
  • Les fils
  • YouTube
  • Pinterest

DJ Luciano Kribi : le visage des nuits étoilées de la cité balnéaire

Photo du rédacteur: Aziza NembAziza Nemb

Dernière mise à jour : il y a 3 jours


DJ Luciano, l’homme derrière les nuits de Kribi
Crédit photo : @luciano_kabida/ Instagram

  • Peux-tu te présenter rapidement pour notre audience ?

    Je m'appelle Dj Luciano, de mon vrai nom Kabida Jacque Luciano. J'ai 36 ans et aujourd'hui, cela fait 13 ans que j'exerce le métier de DJ.

    Je suis Batanga, donc je suis Kribien. J'ai commencé ma carrière dans la ville de Kribi avant de m'étendre. C'est vers 2018 que je suis allé à Yaoundé, où j'ai passé 2 ans avant de revenir à Kribi.

    Aujourd'hui, je suis ce qu'on appelle un DJ à mon propre compte, et comme j'aime le dire, où le vent m'envoie, j'y vais.

    Dj Luciano englobe aujourd'hui l'événementiel en général. Que ce soit pour des entreprises, des particuliers, des mariages, des anniversaires, ou même des divorces, je suis là.


  • Comment as-tu découvert ta passion pour la musique et qu’est-ce qui t’a poussé à devenir DJ ? La musique, c'est une passion. Elle m'a accompagné pendant toute mon enfance et pratiquement tout au long de ma vie. C'est vrai qu'à l'époque, je ne savais pas qu'on pouvait vivre de ça, mais je le faisais déjà.

    Même quand j'étais au lycée, j'étais le gars qui avait toujours les derniers sons et qui était toujours en quête des dernières musiques. Bien qu'à l'époque, Internet n'était pas à la portée de tout le monde, je cherchais toujours des techniques pour enregistrer des cassettes et tout.

    On peut dire que ce sont les circonstances de la vie qui m'ont amené à prendre le DJing comme métier. Au départ, je le faisais juste pour le fun, mais ensuite, je me suis lancé.

  • Y a-t-il une différence entre la musique qu’on écoute à Kribi et celle d’autres villes au Cameroun ?

    L'esprit est généralement le même. Mais comme le veut notre métier, le DJ a pour travail de se connecter à son public. Du coup, en fonction de la ville et du public qui est devant moi, je ressens ce dont ils peuvent avoir besoin et je m'adapte.



  • Ça veut dire que tu n'as pas de playlist préconçue à l'avance ?

    Limitée, c'est difficile. Dans notre métier, la plupart des DJs doivent être ouverts. Il est vrai qu'il y en a dans le monde qui sont spécialisés dans certains registres. Les DJs en Occident, par exemple, se concentrent souvent sur des styles principalement occidentaux.

    Les DJs afro, africains en général, sont un peu plus ouverts parce que l'Afrique est connectée au reste du monde. Ils ont généralement toutes les variétés. Nous, nous avons un peu de tout. Au Cameroun, par exemple, nous avons le Makossa, le Bikutsi, le Mbolé, l'Assiko, et le Mbensikin...


  • As-tu des artistes ou des genres musicaux qui t’ont particulièrement inspiré dans ton parcours ?

    Sincèrement, je ne dirais pas que je suis limité, car mon esprit est ouvert à la musique en elle-même. Que tu viennes du fin fond d'une brousse de l'Est ou que tu sois du Kazakhstan, si tu proposes quelque chose que je ne comprends pas, mais avec une musique bien faite qui parle à mon âme, s'il faut la jouer, je la joue.

  • Quels événements ou soirées à Kribi penses-tu reflètent le mieux la culture locale à travers la musique ?

    C'est un peu compliqué parce qu'à Kribi, on peut trouver tout ce qu'il y a au Cameroun, en Afrique et dans le monde.

    Par exemple, ce week-end, nous avons plusieurs événements différents qui regroupent, d'un côté, les gens de la ville de Kribi et, de l'autre côté, des personnes venant d'autres villes et même d'autres pays.

    Donc, Kribi, en tant que ville touristique, ne reste pas figée sur ce qui la concerne précisément. Pour ce qui est des traditions locales, avec les autochtones, nous avons des fêtes traditionnelles le 14 février et le 9 mai, qui concernent le peuple Batanga. Nous avons également le Nguma Mabi, qui est célébré par le peuple Mabi le 15 décembre. Ce sont à ces périodes-là que nous nous immergeons dans la culture musicalement parlant avec ces fêtes.



  • Des évènements, il y en a depuis le weekend derniers, quels sont ceux que tu recommandes ?

    En premier, il y a le Burger Bar, où nous enregistrons et où je mets l'accent pour que les habitants de la ville de Kribi s'intéressent un peu au style du Burger Bar, qui est un bar éphémère ouvert pour le long week-end. C'est celui que je peux recommander parce qu'il nous offre une ouverture sur le monde. Ainsi, nous ne restons pas figés sur ce que nous connaissons.

    Ce week-end, il y a aussi l'Apéro Beach. Ce sont des jeunes de la ville de Kribi qui se débrouillent, et c'est un concept qu'ils ont développé. Je pense que cela se passe du côté de Grand Batanga.



  • À quoi ressemble une journée typique pour toi en tant que DJ ?

    Une journée de boulot peut être bien remplie, car le métier de DJ varie. Que je sois DJ Luciano en prestation ou que j'organise un événement, il y aura toujours cette partie préparation.

    Actuellement, je suis avec DJ Pascal, qui vient de Yaoundé. C'est mon binôme, et nous mixons ensemble lors de soirées. Du coup, il faut préparer à l'avance, savoir quel matériel utiliser, faire des tests et nous accorder. On appelle cela les balances.

    Nous faisons toujours des balances en premier pour être sûrs que le bouton que nous allons appuyer fonctionne bien et que le son passe correctement par les canaux. Voilà !

    Cependant, s'il faut associer DJ Luciano à l'événementiel, cela demande toute une préparation. Par exemple, pour un mariage où je dois ramener ma sono, je dois m'assurer que les techniciens installent le matériel correctement et que tout ce que nous avons proposé au client est sur place.


  • Ça fait un réveil à quelle heure par exemple ?

    Si nous avons un mariage qui commence à 17h, il faut qu'à midi tout soit déjà prêt. Du coup, je suis obligé de réveiller mes équipes à 7h.

    La veille, nous connaissons déjà le matériel qui va partir, mais il est toujours nécessaire de vérifier ou d'effectuer des allers-retours pour s'assurer que nous n'avons rien oublié. Ainsi, à 10h, nous devons avoir quitté la base.

    Nous avons une heure pour arriver sur le site, et en une à deux heures, tout doit être prêt. Ensuite, nous pouvons rentrer chez nous pour nous reposer avant de revenir en soirée pour la prestation.


Luciano Kabida en pleine animation musicale
Crédit photo: @luciano_kabida / Instagram

  • Quel est le plus grand défi que tu rencontres dans ton métier à Kribi ?

    Dans le métier de DJ, le plus grand défi, je dirais que c'est la clientèle. La clientèle, dans le sens de la valeur des prestations d'un DJ, la rémunération en quelque sorte, c'est compliqué. En Afrique et au Cameroun plus précisément, c'est un métier qui n'est pas très pris en compte et qui est peu valorisé.

    J'ai des personnes à qui j'ai donné des devis qui m'ont dit "pardon" ! On me dit souvent : "Gars, mais attends ! Tu ne mets que de la musique ! Tu prends ton ordi et tu balances deux ou trois sons !"

    Je préfère parler de valeur, car quand tu connais la valeur du métier de quelqu'un, lorsque cette personne te propose quelque chose, tu comprends que cela reflète la valeur du travail qui va être réalisé.

    Par contre, il y a des clients qui, même s'ils ne peuvent pas accepter ton prix, font tout de même une contre-proposition qui est raisonnable.

    D'autres, par contre, quand tu dis 10 000 FCFA, soit ils tournent le dos, soit ils te disent 2 000 FCFA. C'est juste un exemple. Après, quand je demande 500 000 FCFA pour une prestation qui peut durer parfois plus de 5 heures, le client te dit : "C'est quoi ? Je ne t'ai pas dit que je voulais que tu viennes avec toute la logistique..." Il te dit : "Gars, moi j'avais 50 000 FCFA, à la rigueur 100 000 FCFA."



  • Tu collabores parfois avec des artistes ou musiciens locaux ?

    Oui, beaucoup. Eko Roosvelt est l'un des papas, l'un des piliers de la musique camerounaise et, en Afrique, en général.


  • Il t'arrive de mixer avec ses sons ?

    Non seulement je mixe ses sons, mais je les propose parfois aussi à certains événements. Nous sommes un peu dans une collaboration. C'est une personne très ouverte, qui a encore de la ressource, et c'est quelqu'un derrière qui on apprend.

    Cindy Vox, elle est à Yaoundé, c'est une artiste musicienne. J'ai déjà eu l'occasion de travailler une fois avec Lydol.

    Ce sont les artistes qui me viennent immédiatement à l'esprit. Ce sont ceux avec lesquels je peux avoir un échange direct.



  • Où vois-tu la scène musicale de Kribi dans 5 ou 10 ans ? Penses-tu qu’elle pourrait s’exporter à l’international ?

    Déjà, Kribi a sa propre tendance musicale, le Mbaya, qui est le rythme musical Batanga. Il y a beaucoup de jeunes aujourd'hui qui essaient de le faire et de le mettre en avant. Mais il est vrai que cela ne sort pas beaucoup de la ville de Kribi.

    S'exporter, c'est possible, car aujourd'hui, avec les réseaux sociaux, la digitalisation et Internet, on ne sait pas ce qui peut faire le buzz.



  • Oui, c'est vrai. Un truc peut venir et d'un coup…

    Parfois, un truc qui date même, un jour, quelqu'un va faire une vidéo dessus. Cela va devenir une tendance, un challenge, et paf, c'est parti !


  • J'ai remarqué ça hein ! En fait Kribi vit genre : " Nos choses c'est ici, on se suffit !" Même vos évènements, pour en entendre parler, c'est compliqué !

    C'est une ville qui a son économie, qui vit autour de ses activités et le reste … voilà !


  • C'est vous qui venez profiter… J'aime trop le mood !

    Les autochtones ne sont pas dans la mouvance. C'est vrai qu'il y a les réseaux sociaux, toute la vibe aujourd'hui avec l'évolution d'Internet, mais les Kribiens restent dans leur propre univers. On se côtoie, j'ai sorti un truc, et voilà, on te le balance.

    Ils ne sont pas dans le marketing digital, par exemple. Dans d'autres villes du monde, la plupart du temps, c'est le marketing qui fait en sorte qu'on les connaisse partout.

    Toutes ces techniques que les gens utilisent pour mettre en avant leur savoir-faire... Je pense que ce sont des canaux que beaucoup de nos gars n'utilisent pas.



  • Et je le confirme parce qu'il est presque impossible de regarder sur les réseaux sociaux et en ligne et de savoir : "Bon je vais aller à Kribi et je vais loger ici, le prix c'est tel. Je vais manger là-bas... C'est presque vide, c'est comme s'il n'y avait rien. Et pourtant lorsqu'on vient sur place, il y a plein de choses... et plein de bonnes choses !

    C'est juste que le monde d'aujourd'hui va à la vitesse du digital, c'est le moyen de connaître beaucoup d'endroits dans le monde. Mais les locaux qui vivent ces choses, c'est difficile. Ils vivent ces expériences, mais ils n'éprouvent pas le besoin de les montrer.


  • Ils se suffisent, tu penses ?

    Non, ce n'est pas qu'ils se suffisent. Je pense que, dans cette digitalisation, lorsque quelqu'un mange du poisson braisé, il vit le moment où il déguste son plat. Il n'a pas besoin de prendre une photo parce que, pour lui, c'est juste du poisson, c'est normal.

    C'est un peu comme toi, tu manges ton plat à Yaoundé tous les jours, il n'y a rien d'extra.

    Ce sont ceux qui viennent d'ailleurs qui ont besoin de prendre en photo le poisson qu'ils sont en train de manger pour le montrer.

    Ils vont ensuite le partager sur certains réseaux, identifier l'endroit et dire : "C'est un endroit comme-ci, un endroit comme ça, on fait telle chose…"

    Mais les Kribiens eux-mêmes, qui travaillent parfois dans ces endroits et qui vivent même de ça, pour eux, c'est normal.


Photo de Aziza prise par DJ Luciano  Maetur plage, Kribi
Photo par Dj Luciano
  • As-tu des projets ou des rêves pour développer ta carrière au-delà de Kribi ?

    Bien sûr que j'ai des rêves et des projets. Mais c'est difficile d'en parler


  • D'accord. On va juste rester en stand by et on va attendre…

    Je préfère que le monde, par la grace de Dieu le vive.



  • Quels sont les moments où tu ressens une vraie connexion avec le public ?  

    Peu importe l'événement, le travail ne repose pas seulement sur le DJ. C'est une relation entre le public et le DJ.

    Par exemple, quand tu sors pour t'amuser, il faut vraiment s'amuser. Tu ne peux pas dire : "Je vais m'amuser", puis arriver à la soirée et être constamment sur ton téléphone ! Ça n'a pas de sens !

    Il faut donner la possibilité au DJ d'interagir.



  • En gros, si quelqu'un sort s'amuser, mais qu'il n'est pas vraiment dans le mood, il crée comme une barrière et il n'est donc pas réceptif à ce que tu fais. Donc ton meilleur moment c'est quand on lâche tout et qu'on s'amuse.

    À un certain moment, je demande, quand je vois que les gens, euh… Oui ! Je prends le micro et je dis : "Vous êtes sortis pour vous amuser, amusez-vous !"

    Et parfois, tu as l'impression que les gens réagissent : "Ah, tiens, oui ! C'est vrai !"

    Tu es venu vivre un moment, mais tu ne prends même pas le temps de l'apprécier. Par exemple, tu es sur ton téléphone avec des gens qui ne sont même pas là avec toi. C'est seulement quand tu es déjà à trois bouteilles de whisky que l'alcool commence à te faire… Voilà !



  • As-tu une anecdote drôle ou mémorable d’une soirée que tu as animée ?

    C'était ce vendredi, à un mariage, j'ai ma machine qui est morte.



  • Pendant la prestation ?

    Bah oui ! Tellement dans la vibe, le mood était vraiment bon. Je n'étais pas loin de la piscine, j'ai incité les clients à plonger. Ils ont plongé et ils m'ont éclaboussé ma machine, ma platine, et le lendemain, je devais faire la suite du mariage.

    Et pour prester, même aujourd'hui, c'est une machine d'emprunt que j'utilise.



  • Ça c'est une anecdote !

    C'est costaud !

    Bizarrement, ça fait mal, mais pas trop.


  • Quels conseils donnerais-tu à un jeune qui veut devenir DJ comme toi ?  

    La passion, le travail, croire en soi, persévérer, croire en Dieu.



  • Quelles sont les qualités ou compétences indispensables pour exceller dans ce métier ?  

    Tout le monde peut devenir DJ. Aujourd'hui, il existe des formations. Généralement, les gens se forment parce qu'ils trouvent que c'est un métier cool, qu'ils aiment cette vibe. Mais il y aura une différence entre un passionné et quelqu'un qui va simplement apprendre.



  • Quels sont tes lieux préférés à Kribi pour sortir, écouter de la musique ou juste te détendre ?  

    Burger Bar Kribi, déjà, placement de produit ! C'est une maison avec laquelle je collabore beaucoup depuis Yaoundé.

    Hôtel du Phare, à La Kola, Plaisir du Goût, Marée Basse…

    Il y en a même tellement ! Tous les coins qui sont en bordure de mer, retirés, où je peux rester au calme.


  • Y a-t-il un événement ou une période de l’année où la ville est particulièrement animée et belle ?  

    Toute la période de la saison sèche, fin décembre, janvier, février… c'est la période où la mer est très favorable. Beaucoup de gens ne connaissent pas cela.


    Beaucoup viennent durant la période des vacances, sauf que, pendant cette période, la mer n'est pas très bonne.



  • Donc décembre, janvier, février mars...

    … Et peut-être jusqu'en avril. Mais après ça, cela devient compliqué. Et lorsqu'on entre dans les grandes vacances, Kribi devient même frileux.



  • Si tu avais un message à donner à ceux qui lisent ce blog, qu’aimerais-tu leur dire à propos de Kribi et de ta passion pour la musique ?

    Kribi est la meilleure partie du Cameroun, c'est la pépite du pays. C'est une ville qui est en train de se construire. Quand je dis se construire, c'est dans tous les domaines, y compris les mentalités.



  • J'ai l'impression parfois en me baladant que tout est à faire, qu'il y a encore plein d'opportunité.

    Énormément ! Donc, venez à Kribi et profitez-en. Apportez-nous de nouvelles idées.

    C'est une ville qui n'est pas facile, il faut le dire, car même lorsqu'on a de nouvelles idées, il faut avoir du cœur, car il est difficile pour les gens de s'adapter. Mais c'est une ville où il y a énormément à faire.

    C'est une ville primitive, bien qu'il y ait énormément de belles choses. C'est une ville que nous devons tous construire.



  • DJ Luciano, je te remercie vraiment pour ton temps, merci d'avoir répondu à mes questions de m'avoir fait découvrir le Burger Bar Kribi. Merci pour tout !

    C'est moi qui te remercie !


Dj Luciano sur sa platine soirée kribi
Crédit photo: @luciano_kabida / Instagram



Comments


bottom of page